Un site de santé se référence avec deux contraintes que les autres secteurs ignorent. Google lui demande davantage de preuves avant de le mettre en avant, parce qu’une mauvaise information peut nuire à quelqu’un. Et quand des médecins sont en jeu, leur code de déontologie interdit une partie des leviers qu’une agence utilise ailleurs : les avis de patients, les comparaisons, et tout procédé destiné à apparaître en tête des résultats.
Entre les deux, il reste un espace réel : rendre une information exacte compréhensible et trouvable. C’est le travail que nous menons pour des établissements de santé et pour une pharmacie en ligne suivie depuis 2016. Cet article a été entièrement réécrit en octobre 2026 ; sa première version, publiée en 2021, présentait seulement une mission menée pour un centre de chirurgie orthopédique.
Pourquoi Google traite la santé à part
Google range la santé parmi les sujets « Your Money or Your Life » (YMYL) : ceux qui peuvent affecter la santé, la sécurité ou les finances d’une personne. Sa documentation sur le contenu utile l’écrit sans détour : sur ces sujets, ses systèmes accordent « even more weight », encore plus de poids, aux contenus qui démontrent un fort niveau d’E-E-A-T.
E-E-A-T désigne quatre qualités : l’expérience vécue du sujet, l’expertise, l’autorité reconnue et la fiabilité. Le premier E a été ajouté le 15 décembre 2022 dans les consignes des évaluateurs de la qualité de Google, qui précisent au même endroit que la fiabilité est le critère le plus important des quatre. Sur un sujet médical, cela signifie qu’une page doit montrer qui l’a écrite, sur quelles connaissances elle s’appuie, et qu’elle concorde avec le consensus médical.
Ces évaluateurs ne classent aucun site : ils notent des résultats pour aider Google à tester ses algorithmes. Mais leurs consignes décrivent ce que les algorithmes cherchent à reconnaître, et c’est à ce titre qu’il faut les lire.
La même exigence gagne les réponses générées par l’IA. En janvier 2026, après une enquête du Guardian, Google a retiré ses aperçus IA de plusieurs recherches sur les valeurs normales des analyses hépatiques : les fourchettes affichées ne tenaient compte ni de l’âge ni du sexe. Les sources qu’un moteur choisit de citer sur un sujet médical seront de plus en plus celles dont la fiabilité se vérifie.
Schéma de principe : le niveau de preuve attendu
Plus une erreur peut nuire au lecteur, plus Google demande de signaux de fiabilité avant de mettre une page en avant.
- Une recette de cuisine
- Une fiche produit de décoration
- Un comparatif de créditsYMYL
- Une page sur une pathologieYMYL
Ce que le code de déontologie autorise depuis décembre 2020
Le décret n° 2020-1662 du 22 décembre 2020 a modifié le code de déontologie médicale. Il permet au médecin de communiquer au public « par tout moyen, y compris sur un site internet », sur ses compétences, son parcours et ses conditions d’exercice, à condition que l’information soit loyale et honnête. Il l’autorise aussi à diffuser des informations scientifiques à des fins éducatives ou sanitaires, à condition qu’elles soient étayées et présentées avec prudence.
Le même texte fixe des limites qui touchent directement le référencement :
- Pas de témoignages de tiers ni de comparaisons avec d’autres médecins ou établissements (article R. 4127-19-1).
- Pas d’avis, de notes ni de remerciements de patients, selon les commentaires du Conseil national de l’Ordre sur cet article.
- Pas de référencement prioritaire. L’article R. 4127-80 interdit d’obtenir, contre paiement ou par tout autre moyen, un référencement numérique qui fait apparaître le médecin en priorité dans les résultats d’une recherche sur internet. L’Ordre précise que l’interdiction ne se limite pas aux annuaires et vise tout usage d’internet.
- Des contenus datés, sourcés et tenus à jour, avec des liens vers des sources fiables et non commerciales.
Ces règles s’appliquent aux médecins. Un établissement ou une pharmacie relève d’autres textes, mais dès qu’un site nomme ses praticiens, il engage leur responsabilité déontologique. Nous travaillons donc ces sites comme si le code s’appliquait à chaque page.
Ce que le code de déontologie permet, et ce qu’il proscrit
Articles R. 4127-19-1 et R. 4127-80 du code de la santé publique, et commentaires du Conseil national de l’Ordre.
- Présenter ses compétences, son parcours, ses conditions d’exercice
- Publier une information scientifique étayée, prudente
- Dater, sourcer et tenir ses contenus à jour
- Rendre une information exacte claire et trouvable
- Témoignages de patients ou de tiers
- Notes, avis, remerciements affichés
- Comparaisons avec d’autres médecins ou établissements
- Référencement prioritaire, payé ou provoqué
Concrètement, cela exclut l’achat de liens, l’affichage d’étoiles d’avis et les pages comparatives. La frontière entre rendre une information trouvable et rechercher une priorité se discute : nous la tenons du côté prudent, et nous conseillons à nos clients de faire valider leur stratégie de communication par leur conseil départemental de l’Ordre.
Le cœur du travail : traduire sans trahir
Ce qui reste permis est aussi ce qui produit le plus d’effet : l’organisation et la formulation des contenus. Nous l’avons vérifié lors de la mission qui a donné naissance à cet article, pour un centre spécialisé de chirurgie orthopédique installé dans une clinique du Sud-Ouest.
Le site était rédigé par ses chirurgiens, avec la précision de leur métier. C’était sa force et son principal obstacle : un patient qui souffre de la hanche ne tape pas « arthroplastie totale de hanche », il tape « prothèse de hanche ». Une page exacte, rédigée dans un vocabulaire que personne ne recherche, ne sera ni trouvée ni citée.
Schéma : deux vocabulaires pour la même intervention
- Arthroplastie totale de hancheprothèse de hanche
- Gonarthrosearthrose du genou
- Ligamentoplastie du LCAopération des ligaments croisés
- Hallux valgusoignon au pied
La réponse n’est pas de simplifier jusqu’à l’inexactitude. Le terme médical reste, il est expliqué à sa première occurrence, et la page reprend les mots du patient dans ses titres et ses intertitres. Le travail a porté sur trois chantiers : la reformulation des contenus dans le vocabulaire des patients, sans perdre la précision du chirurgien ; la hiérarchisation des pages, de la pathologie vers l’intervention puis la récupération ; et un maillage interne qui relie chaque intervention aux pathologies qu’elle traite.
Les signaux de confiance qu’une page santé doit porter
La documentation de Google résume l’exigence en trois questions : qui a créé ce contenu, comment, et pourquoi. Sur un site médical, chacune appelle une réponse visible sur la page.
- Qui. Un auteur nommé, avec sa qualité et sa spécialité. Pour un médecin, son numéro RPPS permet à quiconque de le retrouver dans l’annuaire santé public.
- Comment. Une relecture par un professionnel de santé, signée et datée, et des sources citées : Haute Autorité de santé, sociétés savantes, publications.
- Quand. Une date de dernière mise à jour réelle, pas une date régénérée automatiquement. Une recommandation de prise en charge change ; une page qui ne le dit pas perd sa fiabilité.
- Pourquoi. Une page qui informe, sans promesse de résultat, qui présente les risques autant que les bénéfices. Le code de déontologie l’exige, et c’est aussi ce que les consignes de Google décrivent comme une page fiable.
Ces informations peuvent aussi être décrites en données structurées : le vocabulaire Schema.org prévoit un type MedicalWebPage, avec les propriétés reviewedBy (relu par) et lastReviewed (date de relecture). Google n’en tire aucun affichage enrichi ; ce balisage sert à rendre explicite pour les machines ce qui est déjà visible pour le lecteur.
Schéma : la chaîne de confiance d’une page santé
Chaque maillon répond à une question que se pose le lecteur, et que les consignes de Google décrivent.
- 1Auteur nomméqualité, spécialité, RPPS
- 2Relecture signéepar un professionnel de santé
- 3Sources citéesHAS, sociétés savantes
- 4Mise à jour réelledate visible et exacte
- 5BalisageMedicalWebPage, reviewedBy
Une page dont la fiabilité se vérifie
Pharmacie en ligne : la même exigence, avec un catalogue
Une pharmacie en ligne cumule les contraintes d’un site de santé et celles d’un site marchand. Elle doit être autorisée par l’agence régionale de santé, et l’Ordre des pharmaciens publie la liste des sites autorisés à vendre des médicaments. Pour le référencement, la règle que nous appliquons est simple : le contenu réglementaire ne se touche pas.
Indications, composition, posologie, précautions d’emploi : ces zones restent exactement telles que le pharmacien les a validées. Notre écriture est additive, elle se pose dans les champs libres, et l’égalité caractère à caractère des zones protégées est vérifiée avant et après chaque enregistrement. Nous avons détaillé ce protocole dans notre étude de cas sur la refonte d’un catalogue de 2 594 pages, menée pour une pharmacie en ligne nationale que nous suivons depuis 2016.
Sur ce site, entre janvier 2023 et juillet 2026, le nombre de mots-clés positionnés en top 5 est passé de 6 272 à 18 181 (données SEMrush, base France), alors que le nombre total de mots-clés positionnés baissait légèrement. Le chiffre est publié avec le détail sur notre page consacrée au SEO e-commerce.
Par où commencer sur votre site
- Relisez vos pages avec le code de déontologie à côté. Avis, comparaisons, promesses de résultat : ce qui pose problème à l’Ordre affaiblit aussi la fiabilité aux yeux de Google.
- Identifiez l’auteur et le relecteur de chaque page médicale, et affichez une date de mise à jour réelle.
- Comparez votre vocabulaire à celui de vos patients. Les requêtes de la Search Console montrent les mots qu’ils tapent pour arriver chez vous ; les pages qui n’apparaissent sur aucune requête sont souvent rédigées dans une langue que personne ne recherche.
- Vérifiez la structure : chaque pathologie, chaque intervention a-t-elle sa page, reliée aux autres ?
Si vous voulez savoir ce que votre site de santé peut améliorer sans sortir de ce cadre, c’est ce que regarde notre audit SEO, page par page.
Sources
- Google Search Central, « Creating helpful, reliable, people-first content », consulté le 14/10/2026
- Google Search Central, « Our latest update to the quality rater guidelines: E-A-T gets an extra E for Experience », décembre 2022
- Search Engine Land, « E-E-A-T and major updates to Google’s quality rater guidelines », 15/12/2022
- Décret n° 2020-1662 du 22 décembre 2020, présentation par la direction des affaires juridiques de l’AP-HP
- Conseil national de l’Ordre des médecins, article 19-1 du code de déontologie et commentaires
- La Revue du Praticien, « Publicité et information du public : la donne change pour les médecins »
- Storyboard18, « Google pulls AI Overviews from select medical searches after Guardian investigation », 12/01/2026
- Ordre national des pharmaciens, recherche des sites autorisés pour la vente en ligne de médicaments
